Décennale : les angles morts qui coûtent cher aux artisans du bâtiment
Par Cédric Jouvenoz · Agent général associé — risques construction & entreprise (membre AQC, expert en management des risques opérationnels, qualification AXA × CNPP)
La garantie décennale est le socle de tout professionnel du bâtiment. Mais c’est aussi le contrat où une formulation imprécise peut, dix ans plus tard, laisser un artisan seul face à une facture de réparation. Voici les angles morts les plus fréquents — et les plus coûteux.
Entreprises… et concepteurs : qui doit s’assurer ?
La décennale ne concerne pas que ceux qui posent et bâtissent. Depuis l’ordonnance du 8 juin 2005, tout constructeur lié au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage doit être assuré, dès l’ouverture du chantier et pendant dix ans après la réception. Cela couvre deux familles distinctes :
- les entreprises de construction : artisans, entreprises du bâtiment et des travaux publics ;
- les concepteurs : architectes, maîtres d’œuvre, bureaux d’études, économistes de la construction.
Chacun a un contrat adapté à son rôle. Nous assurons ces deux familles — ce qui nous permet de regarder un chantier dans son ensemble, et d’éviter qu’une responsabilité passe entre les mailles.
L’activité réellement exercée ne correspond pas à l’activité déclarée
Une décennale couvre des activités précisément déclarées. Le piège classique : un artisan déclaré pour la maçonnerie réalise aussi de l’étanchéité ou de la charpente, sans l’avoir signalé. Si un désordre survient sur cette activité non déclarée, la garantie peut ne pas jouer. À chaque évolution du métier — nouvelle technique, nouveau matériau, nouveau type d’ouvrage —, la liste des activités assurées doit être mise à jour.
La sous-traitance mal sécurisée
Faire appel à un sous-traitant ne transfère pas automatiquement la responsabilité. Si le sous-traitant n’est pas correctement assuré, c’est l’entreprise principale qui peut se retrouver exposée. Deux réflexes :
- exiger et conserver l’attestation décennale de chaque sous-traitant, à jour pour les activités confiées ;
- vérifier que ces activités entrent bien dans le champ de votre propre contrat.
La réception des travaux, ce point de bascule oublié
La réception est le point de départ des garanties légales. Une réception mal formalisée, ou des réserves jamais levées, crée une zone grise où il devient difficile de savoir quelle garantie s’applique. Soigner ce moment — procès-verbal, réserves, levée des réserves — protège autant le client que l’artisan.
Trois garanties, trois durées
Après la réception, les garanties légales se superposent dans le temps. Savoir laquelle s’applique, c’est gagner du temps — et éviter bien des litiges — le jour d’un sinistre :
- Parfait achèvement — 1 an : les désordres signalés à la réception ou apparus dans l’année qui suit.
- Bon fonctionnement (biennale) — 2 ans : les équipements dissociables de l’ouvrage (volets, robinetterie, chaudière…).
- Responsabilité décennale — 10 ans : ce qui compromet la solidité de l’ouvrage ou le rend impropre à sa destination.
Pourquoi l’expertise construction fait la différence
Calibrer une décennale, ce n’est pas cocher une case : c’est comprendre un métier, ses techniques et son évolution. Notre agence s’appuie sur des compétences spécialisées en risques construction, dont l’appartenance à l’Agence Qualité Construction (AQC) — un sujet que nous détaillons dans notre page BTP & construction et notre guide des risques entreprise.
En pratique
Si votre activité a évolué depuis la souscription de votre décennale, ou si vous travaillez régulièrement avec des sous-traitants, un examen du contrat vaut largement le temps qu’il prend.
Un doute sur le périmètre de votre décennale ? Faisons le point ensemble, sans engagement.